Archive annuelle décembre 17, 2019

Top manga des sorties 2019

Grand incontournable de la fin d’année, les palmarès des meilleures sorties Bande Dessinée. Je vais vous proposer 6 articles présentant donc autant de catégories d’albums. Cette années, ce sont 216 titres que j’ai pu lire. Voici donc mes différentes sélections, à commencer par le manga.

Les 9 meilleurs manga sortis en 2019 selon Yaneck Chareyre

Les 9 meilleurs manga sortis en 2019 selon Yaneck Chareyre

Mes 9 séries manga préférées sorties en cette année 2019

Disons d’emblée que je ne prétends pas être un critique pointu fin connaisseur de la bd japonaise. Je suis un lecteur de Seinen mais le manga est bien le parent pauvre de mes lectures. Je m’appuie sur les conseils des membres du comité de sélection du prix ACBD pour me diriger vers les meilleurs titres à ne pas rater. Disons que cette sélection est autant une question de goût que de qualité objective.

Mon top2019 manga

  1. Les montagnes hallucinées tome 2 par Gou Tanabe, Ki-Oon.
    Lauréat du prix Asie de la critique ACBD, cette adaptation du classique de HP Lovecraft est tout simplement un petit bijou. La performance graphique de très haut vol constitue une plongée froide et intense dans l’univers malsain du romancier. L’horreur est ici montrée avec beaucoup de talent, ce qui ne diminue pas la puissance inspiratrice du matériel originel.

  2.  Liens du sang par Shuzo Oshimi, Ki-oon
    Deuxième très bon titre de cette année chez Ki-oon. 5 tomes sortis cette année, j’ai lu les deux premiers et ils sont simplement glaçants. L’auteur nous plonge dans le quotidien pesant d’une relation toxique mère-fils. Pas d’esbrouffe, pas de slasher, mais de l’horreur vraie qui vous tort le bide.
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  3.  L’enfant et le maudit, par Nagabe, Komikku
    Sixième tome pour ce petit bijou hors norme. Un dessin unique, un univers sans pareil, il faut découvrir cette série si vous ne la connaissez pas encore. Les non fans de manga pourront tout à fait s’y retrouver.

    Retrouvez mon interview de l’auteur faite il y a deux ans:
  4. L’errance d’Inio Asano chez Kana
    Artiste présent au prochain FIBD d’Angoulême, avec une production solide et toujours marquante. Sa sortie VF 2019, tome unique, est extrêmement prenant.

  5. L’atelier des sorciers par Kamome Shirahama, Pika Editions
    Finesse du dessin comme de cette leçon d’apprentissage, cette série grand public est un incontournable à mes yeux. Aucun des tomes sortis cette année n’a démenti l’exigence et le talent de l’autrice. Une large audience peut s’approprier ce manga, et y trouver plusieurs niveaux de lecture.
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  6. Blue giant de Shinichi Ishizuka, Glénat
    Parvenir à restituer la puissance d’une musique sans aucun son est toujours un tour de force. Ce manga le conjugue avec une écriture très fine des caractères et motivations des différents personnages. Voilà indéniablement une série dont on veut connaître la fin!

  7. Saltiness par Minoru Furuya, Akata
    Personnage principal absolument insupportable mais écrit avec tellement de nuances qu’on ne peut qu’entrer en empathie avec lui. Belle conclusion avec le quatrième et dernier tome sorti en début d’année.

  8. Ken’en par Fuetsudo et Hitoshi Ichimura, Doki Doki
    Un peu de légèreté n’est pas forcément incompatible avec de la profondeur. Chaque tome de ce manga en fait la démonstration. Il méritait donc une place dans ce top subjectif.

  9. To your eternity par Yoshitoki Oima, Pika
    Est-ce que je sais où je vais avec cette série? Sans doute pas tout à fait. Mais cette grande fresque sur la définition de ce qu’est être humain me touche à chaque tome.

Les différents top de l’année 2019

Mis à jour au fil des parutions

Intervention Comics sur France Culture pour Walking Dead

Walking Dead dans Le rayon BD sur France Culture: Yaneck Chareyre intervient avec Thierry Mornet éditeur Delcourt

Walking Dead dans Le rayon BD sur France Culture

J’ai participé à une émission de radio spécialisée Bande Dessinée pour Radio France, sur un sujet spécifique du Comic Book : Walking Dead. Je reviens pour vous sur ce moment particulier.

France Culture et Le Rayon BD

Connaissez-vous l’émission, Le rayon BD, proposé par France Culture depuis le début de cette année radiophonique?
Peut-être êtes-vous passé à côté et c’est vraiment dommage. Le journaliste Victor Macé de Lépinay  propose chaque semaine trente minutes d’analyse d’un sujet de bande dessinée. Il parle tout autant d’un auteur en particulier que d’une œuvre ou d’une thématique.

Walking Dead, les zombies c’est presque fini!

J’ai donc eu la chance d’être le co-invité dans l’émission diffusée de dimanche 20 octobre 2019.
Le sujet en était Walking Dead, le célèbre comic-book de zombies, à l’occasion de la conclusion de la série. Thierry Mornet, directeur de la collection Contrebande chez Delcourt, était l’invité principal. Il a pu revenir en tant qu’éditeur de la version française, sur le succès de l’oeuvre de Robert Kirkman, Tony Moore et Charlie Adlard.

Pour ma part, j’ai donné mon avis sur plusieurs sujets. J’ai parlé de l’importance du réalisme dans le trait du dessinateur. Puis j’ai disserté quelque peu sur la vision américaine du survivalisme développée au fil des épisodes.
Le tout donne un rendu vraiment riche et intéressant. J’espère que cela vous plaira.

Yaneck Chareyre, la Comic Con Paris et le Prix comics de la Critique ACBD

Le journaliste a aussi fait dévier notre discussion autour de la place du comic-book dans le marché français de la BD. Actualité oblige, nous sommes passés par la prochaine Comic Con Paris.
Il faut dire que j’aurai la chance d’y remettre le premier Prix comics ACBD de la Critique, dont je suis le coordonnateur. Le gagnant de ce prix sera révélé ce lundi 21 octobre. Une information que je relayerai en ces lieux.

Si cette actualité vous amène sur ce site, sachez qu’il est possible de me contacter pour animer une conférence sur le comic-book ou tout autre sujet lié à la Bande Dessinée.

 

 

Top 9 Bande Dessinée, Manga, Comics 1er semestre 2019

Bonjour à toutes et à tous!

La torpeur estival commence à exercer ses effets sur la production bande dessinée en France. Autrement dit, les dernières mises en rayon se font cette semaine et après c’est black out jusqu’à mi-Août.

C’est donc le bon moment pour vous offrir une petite sélection des albums qui m’ont marqué sur ce premier semestre. On va faire ça par ordre alphabétique. Sur chaque titre, je mets en lien la chronique ou la critique que j’ai pu écrire à son propos. Pour vous donner une idée, j’ai lu environ 108 nouveautés 2019 à ce jour.  Je suis ravi de ne pas avoir eu à toutes les acheter, je le reconnais.

Prêts? Vous allez voir, y’a vraiment de bonnes choses!

 

Dans la tête de Sherlock Holmes tome 1, bande dessinée signée Cyril Liéron et Benoit Dahan, parue chez Ankama au mois de Mai.

Une bd destinée à un public adulte, car vraiment orientée références autour du plus célèbre des détectives.
Sa force, c’est un sens de la narration extrêmement intelligent. Les auteurs nous entrainent dans la tête du personnage afin de nous permettre de visualiser ses raisonnements et analyses.
C’est une excellente façon d’utiliser les ressorts narratifs du médium Bande Dessinée.

 

 

 

 

 

Fatma au parapluie tome 1, de Mahmoud Benamar et Soumeya Ouarezki, chez Alifbata, publication d’Avril.

Un dessin qui nous rappelle le travail de Sergio Toppi, une intrigue qui nous fait découvrir les relations entre femmes algéroises, ce tome 1, presque un premier album, est un des meilleurs albums de cet année. Mais un album sans doute trop peu connu vu son faible tirage.
Alors si vous ne devez en retenir qu’un dans cette sélection, croyez-moi, c’est celui-ci.

 

 

 

Le dernier atlas tome 1, par Fabien Vehlmann, Gwen de Bonneval, Hervé Tanquerelle et Fred Blanchard. Publication Dupuis de mars.

Un des rares albums que je n’ai pas eu l’occasion de critiquer ou chroniquer cette année. Mais il a été tant mis en avant par mes collègues journalistes que j’ai voulu le lire afin de ne pas passer à côté d’une bonne lecture.
Et clairement, on est sur une proposition dingue. Un scénario qui mélange polar, intimisme et monstres géants. De la BD d’aventure qui fait réfléchir, sur un dessin entraînant. Je vous intrigue? N’hésitez pas, vous ne serez pas déçu!

 

 

 

 

 

Le dernier des été, par Alfonso Casas, paru en janvier aux éditions Paquet.

Une belle lecture de saison? Le dernier des été est ce qu’il vous faut. Un bel ouvrage bien édité, qui met en avant une histoire douce-amère, un questionnement sur l’adolescence, une découverte de l’homosexualité. Un ouvrage très sensible avec un dessin qui vous fera beaucoup de bien. Sur la plage ou dans votre transat de vacances, c’est juste parfait.

 

 

 

 

 

 

Les montagnes hallucinées tome 2, par Gou Tanabé, paru chez Ki-Oon en mars.

Evidemment, vous commencerez par le tome 1 de ce diptyque adaptant l’oeuvre de HP Lovecraft. En deux tomes de ce manga, vous prendrez une succession de claques visuelles qui vous fera en redemander. Gou Tanabe retranscrit parfaitement l’ambiance malsaine des univers de Lovecraft avec un dessin d’une précision chirurgicale. Pas de fantasme dans le dessin, mais une cruelle et froide réalité. Et de la folie partout…

 

 

 

 

 

L’odyssée d’Hakim tome 2, par Fabien Toulmé, sortie de juin chez Delcourt.

Là encore, vous lisez le tome 1 sorti l’an dernier, mais comme il est aussi bon que ce tome 2, vous en serez gagnant.
Une histoire vraie, qui nous plonge au plus près du parcours d’un homme obligé de quitter la Syrie. L’humanité des migrants… Une oeuvre indispensable aujourd’hui, pour ne pas se tromper sur qui sont ces personnes qui risquent leur vie en espérant pouvoir vivre en paix en Europe.

 

 

 

 

 

Mister Miracle, par Tom King et Mitch Gerads, paru en mai chez Urban Comics.

Un personnage créé par Jack Kirby, une maxi-série en 12 épisodes qui sanctifie le gaufrier en 9 cases sans jamais nous lasser, des épisodes épiques avec des armées qui s’affrontent… C’est tout ça et bien plus encore, Mister Miracle. Un des meilleurs comics mainstream de cette année. Il ne demande pas de bien connaître l’univers DC Comics et s’apprécie fort bien sans ces références. Un pavé à acheter et un excellent moment de lecture en prévision.

 

 

 

 

 

Ninja-K, par Christos Gage, Tomas Giorello, Juan José Ryp et Roberto de la Torre, paru en avril chez Bliss Comics.

Le super-héros, c’est bien. Ce n’est pas sale! Alors quand on a de bonnes propositions en la matière, dans un style très classique du comic-book mais pourtant moderne et entrainant, il faut le mettre en avant. Valiant le fait très bien et j’ai choisi cet album parce qu’il se lit sans avoir besoin d’avoir lu toute la prod de cet éditeur avant. Alors même qu’il vous fera découvrir tout l’univers. Une excellente porte d’entrée avec beaucoup de fun, d’action et des genres explorés très différents.

 

 

 

 

 

Tumulte, par John Harris Dunning et Michael Kennedy, sorti en mai chez Presque Lune.

Pour terminer, laissez-moi vous proposer un polar psychologique anglais déroutant. Qui commence comme une histoire de mâle quadragénaire mal dans sa peau pour terminer en complot avec tueuse professionnelle. Avec des pages jouant sur la symbolique du psychisme du personnage principal. C’est fou, c’est un dessin un peu guindé et une mise en couleur décalée… A réserver aux lecteurs les plus audacieux…

Schuiten n’est pas une référence (quand il arrête la bande dessinée)

François Schuiten auteur de Bande Dessinée

François Schuiten au festival de Solliesville- Wikimedia

Ce week-end, les réseaux sociaux de la bande dessinée se sont enflammés comme une pinède corse en plein été. La faute notamment à l’auteur François Schuiten qui, en plein lancement de son Blake et Mortimer, a annoncé la fin de sa carrière de bédéaste. Pourtant, à mon sens, la situation du monument de la bd Schuiten n’est en rien représentative des difficultés des auteurs et autrices de bande dessinée. Voici pourquoi!

L’OBJET DU DELIT SCHUITEN

Qu’a donc dit François Schuiten pour échauffer les esprits ? Il a annoncé à mes confrères d’Actua BD qu’il arrêtait la bande dessinée car il n’avait plus la possibilité de s’investir comme il le souhaitait sur ses albums, au vu du montant des revenus versés par les éditeurs pour cette création.

De fait, il met en avant une réalité : les éditeurs bd proposent aujourd’hui des contrats de moins en moins bien rémunérés. Il n’est pas rare de se voir proposer moins de 10000€ pour une année de travail à temps complet. Faites le calcul vous-même et voyez si vous auriez envie de travailler pour un tel revenu.

Voyant d’année en année leurs conditions de travail baisser en qualité de par les mutations de l’univers économique de la bd, les auteurs et autrices de bande dessinée sont sur les dents sans qu’aucune piste d’amélioration ne se profile.

NON, SCHUITEN N’EST PAS LA NORME!

A la suite de cette déclaration, de nombreux artistes se sont sentis solidaires du co-créateur des Cités obscures et l’ont soutenu. Pourtant il me semble qu’il y a erreur. C’est vrai, il est important que les monstres sacrés, les gros vendeurs, s’affichent aux côtés de leurs collègues moins bien lotis. Mais la demande de Schuiten est une demande de star qui ne correspond qu’aux besoins d’une minorité d’auteurs et autrices au sommet d’une glorieuse carrière.

Schuiten veut être un artiste. Il veut pouvoir passer plusieurs années sur un projet bd et ne se consacrer qu’à celui ci. C’est une démarche noble et éminemment respectable. Mais la bande dessinée est avant tout une industrie. Et sa posture n’est pas concevable dans un tel contexte.

Certains bédéastes, tout autour de la planète, font le choix de s’extraire de cet environnement. Cela s’appelle l’auto-édition. Les artistes redeviennent autonomes, totalement libres de leurs rythmes. Comme peuvent l’être peintres ou plasticiens.

Mais – « spoiler »- à de rares exceptions ça ne paye pas. Ou, pour que cela paye, la posture exige de remplir de nombreuses autres activités professionnelles. En dehors du mécénat, d’un conjoint très bien payé ou un grand oncle d’Amérique, la création artistique chimiquement pure n’existe pas. Elle s’associe toujours à d’autres métiers. Il n’y a donc pas de raisons qu’elle s’incarne dans un système industriel basé sur la nécessité du profit. Et donc, l’attente formulée par Schuiten est hors de propos. Il n’a même sans doute jamais réellement bénéficié de telles conditions. Et il n’y a qu’à suivre sa carrière de scénographe ou d’artiste global, pour vérifier qu’il a sans doute régulièrement bénéficié de gros contrats hors bd nourrissant bien mieux son homme.

LE VÉRITABLE ENJEUX : LA JUSTE RÉMUNÉRATION DE LA CRÉATION EN BANDE DESSINÉE

« L’industrie » de la bande dessinée… La réalité est dure. Sans structure éditoriale il est très compliqué de faire vivre une bande dessinée. Même s’il est devenu beaucoup plus facile de faire imprimer un album, le cœur de la démarche, à savoir donner à lire un propos, reste coûteux et compliqué. À moins de passer par le pur numérique. Mais la France fétichise à raison l’objet livre et la culture de la gratuité du net constitue un autre frein. Gagner sa vie hors de ce système est réservé à une poignée d’individus dont on peut douter qu’ils fassent exemple.

Logo des Etats Généraux de la BD

Il faut donc faire avec ce contexte industriel pour le plus grand nombre des auteurs et autrices de bd. N’escomptez pas trouver ici la solution au problème du système économique de la bd. D’autres plus intelligents que moi s’y cassent les dents avec d’autant plus de motivation qu’ils sont les premiers concernés.

Mais la position de François Schuiten m’incite à revenir à un élément bien plus basique : la juste rémunération du travail des artistes.

La Bande Dessinée est une industrie!

Être justement rémunéré, c’est être payé de manière décente pendant toute la durée de sa production de richesse. Scoop, c’est pour cela qu’on a créé le salaire minimum pour le salariat. Pour que le travailleur puisse subvenir à ses besoins pendant qu’il emploie sa force de travail. Cela ne concerne pas les artistes pourrez-vous me rétorquer. Mais la bd n’est pas un art (ou seulement sur le plan conceptuel), c’est une INDUSTRIE DE L’ART. Une industrie qui vit depuis plusieurs décennies au dessus de ses moyens. Profitant de vides juridiques (l’auteur est supposément un partenaire de l’éditeur, ce qui est une belle foutaise) et d’une incapacité des travailleurs à se structurer autour de leurs intérêts communs, l’industrie de la bd paye à faible coût sa main d’œuvre et matière première, la création. Si les industriels de la bd payaient le juste coût de production des livres, tout s’écroulerait. Moins de livres seraient publiés, moins d’auteurs verraient leurs idées concrétisées sous forme d’album.

Je suis donc en train de demander à ce que le système s’écroule. Paradoxal n’est ce pas ? Pourtant la solution consistant à laisser le système perdurer n’amènera pas un résultat fort différent. Parce que l’industrie de la bd à besoin d’un rythme de sortie régulier. Ce besoin n’est pas compatible avec un emploi principal hors création. Demande-t-on à un cinéaste de filmer sur son temps libre? Si les éditeurs et les lecteurs souhaitent pouvoir lire à l’avenir régulièrement des artistes au dessin exigeant il faut que les artistes puissent se concentrer sur leurs travail. On ne peut pas faire du Marini ou du Delaby en dessinant quatre heures après sa journée de boulot. Ou alors en prenant trois fois plus longtemps. Et donc en sortant moins souvent des albums. Que Guy Delcourt par le passé, ou Yves Schlirfe ce week-end, poussent les auteurs en ce sens, c’est scier la branche qui les portent.

QUEL AVENIR ALORS ?

Malheureusement, la solution passe sans doute par moins d’artistes, mieux payés. Pour la production de leurs planches comme dans la valorisation de leur travail. Peut-être par un statut de salariés en contrats de mission ou en cdd. Oui ce n’est plus être artiste. Mais même les grands anciens assumaient de travailler pour une industrie. Et ils n’étaient pas moins bien traités qu’aujourd’hui.

François Schuiten arrête, mais la plupart des artistes de bande dessinée aujourd’hui, se contenteraient juste d’un revenu correct pour produire un album par an.
Si ce sujet vous intéresse, pour animer une formation ou une conférence, je me tiens à votre disposition.

Création du Prix Comics de la Critique ACBD

L’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée, à laquelle j’appartiens, a voté en assemblée générale, samedi 16 mars, la création du Prix Comics de la Critique ACBD.

Jusqu’à présent, l’association remettait le Grand Prix de la Critique, le Prix Québec ACBD, le Prix Jeunesse ACBD et le Prix Asie ACBD.
Il manquait jusque là de mettre en avant un pan majeur de la bande dessinée mondiale, celui qu’on appelle Comic-book. C’est désormais un manque corrigé.

Le prix Comics de la Critique ACBD récompensera un album de bande dessinée paru initialement en anglais, publié par un éditeur anglophone dans une zone culturelle liée aux comic-books et traduit en français pour la France. Ce titre, conformément à la politique de l’ACBD, portera une forte exigence narrative.

Le prix sera annoncé au début de l’été et remis lors de la Comic Con Paris.

J’aurai le plaisir et l’honneur de coordonner ce prix pour l’Association. Et nous espérons bien mettre en avant toute la diversité et la profondeur du monde des Comic-Books! Rendez-vous dans quelques mois…

Making-off : Le critique BD est-il un éditeur raté?

Il est de bon ton de blâmer les critiques et de leur nier toute créativité. Pour cela, il y a la fameuse phrase « le critique est un auteur raté », donc un frustré incapable de réaliser ce qu’il conteste. En écrivant mon article consacré au livre Et pourtant elles dansent, publié cette semaine sur le site 9eme Art.fr, je me suis perçu différemment. L’espace d’une critique, j’ai eu le sentiment de voir le potentiel d’un album, ce qu’il aurait pu être d’autre. Se pose donc une autre question : le critique serait-il un éditeur raté?

 

 

On dit du mal ou on se tait?

Mais avant de parler de cette perception « éditoriale », quelques mots sur l’aspect négatif de la critique en question. N’hésitez pas à passer lire la critique d’abord avant de lire cet article. D’une certaine façon, vous avez ici l’explication de texte.
Doit-on critiquer négativement un album? En sachant que sur 9eme Art, j’ai une critique par semaine, a quoi dois-je consacrer mon temps? A promouvoir un album coup de coeur qui sera en manque de visibilité ou à décrypter les faiblesses d’une Bande Dessinée que peut-être les gens n’iront pas acheter?

Habituellement, j’ai une réponse simple à cette question. Je n’ai pas beaucoup de temps, pas beaucoup d’articles, donc je défends plus que je ne dénonce. Seule exception à cette règle, quand un « grand » auteur installé livre un travail indigne, il me semble important que le lecteur en soit informé. Quand il y a manifestement tromperie sur la marchandise.

Subjectivité ou objectivité?

Mais donc, rien de tout cela avec Et pourtant elles dansent, signé chez un petit éditeur, par un auteur peu connu. Typiquement le genre de livres que je laisse poliment de côté habituellement quand ils ne me plaisent pas.
Mais notez bien que l’article n’est pas en mode « je n’aime pas, bouh c’est caca ». Je ne l’ai pas écrit pour exprimer une subjectivité mais bien pour mettre en avant des faits objectifs.


« Parce que l’objectivité tu y crois? », pourrez-vous me répondre. Et non, je n’y crois pas. Paradoxe?
Je crois en notre subjectivité totale, mais je crois aussi que dans un art, il y a des règles de créations, une grammaire, un vocabulaire, qui permettent d’identifier plus objectivement ce qui est réussi par rapport à ce qui est raté. La Bande Dessinée ne fait pas exception.

A la lecture de Et pourtant elles dansent, j’ai identifié des mécaniques qui ne me semblaient pas fonctionner correctement et qui auraient pu donner un tout autre album, plus efficace me semble-t-il. Mais ce faisant, ne suis-je pas en train de me prendre pour un éditeur?

Et si tu restais à ta place bonhomme?

C’est quoi un bon critique Bande Dessinée? Pour moi, il doit rassembler deux qualités complémentaires : une bonne connaissance de l’art dont il parle tant sur la technique que sur le « background » de cet univers; une réelle capacité à transmettre des émotions par rapport à sa propre lecture.
Ces connaissances peuvent être empiriques, il n’est pas besoin nécessairement d’avoir produit pour comprendre. Et il y a deux types de producteurs sur un album de Bande Dessinée. Il y a les auteurs, mais il y a aussi l’éditeur. Qui, normalement, ne doit pas être inutile dans le processus créatif.

A quoi ça sert un éditeur? Je parle bien sûr de la personne, pas de la structure éditoriale. Un éditeur (ou une éditrice), ça doit pouvoir percevoir le potentiel d’une oeuvre alors qu’elle n’est que projet. A chaque étape du processus créatif, il doit pouvoir guider les auteurs pour leur permettre de réaliser le meilleur travail possible. Quitte à les chambouler, à les sortir de leur zone de confort. Un éditeur n’est pas, me semble-t-il, simplement le servant des auteurs (même s’il est aussi là pour leur faciliter le travail).

Et donc oui, en lisant l’album publié par Des ronds dans l’O, je voyais, au fil des pages, les promesses éditoriales qui m’avaient été faites et qui n’avaient pas été tenues. Se dessinait peu à peu dans ma tête, des propositions techniques qui auraient permis d’apporter plus de souffle, de corriger des défauts intrinsèques à la direction choisie par l’auteur (le reportage bd, pour être clair).
Je connais bien et j’apprécie Marie Moinard, l’éditrice de Des ronds dans l’O, qui se bat pour faire vivre un catalogue au fond extrêmement pertinent. Mais face à ce manque perçu, ressenti, j’ai eu envie d’écrire. Il y avait des questionnements objectifs à proposer au lecteur et pas simplement une critique basique et sentimentale.

 

 

Alors j’y suis allé, j’ai fait mon pseudo-éditeur.  Editeur raté, je ne sais pas, je n’ai jamais essayé de l’être (commençons par devenir auteur, ce qui va très rapidement se produire, maintenant). Mais pour une fois, j’ai eu envie de partager avec le lecteur une compréhension technique. Désolé pour l’auteur, Vincent Djinda, qui se retrouve en sujet d’étude. J’espère au moins ne pas avoir été injuste à son égard. En tous cas, clairement, je n’aurai pas été « sympa ».
Mais est-ce le rôle d’un journaliste-critique?